Restructuration d'un supermarché en tiers-lieu social et nourricier, Noeux-les-Mines
  • Année
    2022-2025
  • Lieu
    Noeux-les-Mines
  • Client
    Noeux environnement - Pierre Alain Bétremieux
  • Programme
    Tiers lieu social et nourricier (bureaux, espace de formation, activité maraîchère)
  • Type
    conours lauréat
  • Calendrier
    2022
  • Budget
    2 600 000 € HT
  • Surface
    1500 m²
  • Architecte
    Beal et Blanckaert
  • Bureau d'études
    Symoé, Axoé; Cabinet Ghequière Dierickx, Bollinger & Grohmann, Strate,
  • Paysagiste
    Frédéric Delesalle
  • Entreprises
    VATP, Alternative Bois Concept, Billiet, Dessauvage, Ledieu, Ruckebush
  • Récompense
    1er prix d'A 10+1 2026

Située dans le Pas-de-Calais, entre Béthune et Lens, la commune de Nœux-les-Mines porte les marques d’un territoire façonné par l’histoire minière. Depuis la fermeture des puits à la fin du XXe siècle, la ville s’est engagée dans une profonde reconversion, cherchant à trouver un processus de résilience.C’est dans ce contexte que s’inscrit ce projet de restructuration d’un ancien supermarché, porté par Nœux Environnement, qui souhaite en faire un site démonstrateur de la transition écologique et solidaire.

Cette association créée en 1991 mène une politique  de  gestion  et  protection  de l’environnement en favorisant l’insertion professionnelle. Leur action vise à améliorer le cadre de vie des habitants en prodiguant des conseils et études en génie écologique au travers d’ateliers et chantiers d’insertion, tout en affirmant une transition écologique concrète.

Accueillant leur siège, ce projet de réhabilitation a donc une ambition claire : offrir un équipement ouvert, fédérateur, capable de relier les différentes actions du territoire. Ici, l’architecture se veut catalyseur: sobre et contextuelle, elle dialogue avec l’héritage de son contexte tout en affirmant une vision durable du développement local.

Un lieu repère et démonstrateur :

Pensé comme un moteur de transition écologique et solidaire, le projet valorise les ressources locales et réinterroge les modes de production, de construction et de consommation. L’alimentation devient un fil rouge : l’eau de pluie est récupérée pour irriguer les cultures maraîchères, tandis que les circuits courts sont encouragés à travers des espaces dédiés. Les matériaux sont choisis pour leur faible impact et leur ancrage territorial : la terre crue dans la composition des parois, les fibres végétales en isolation, et le saule, cultivé localement, façonne les bardages et les bordures paysagères. La réutilisation des matériaux du site affirme une ambition de réemploi et d’économie circulaire, en cohérence avec l’objectif de zéro déchet. Ces parti-pris s’accompagnent d’une dimension sociale forte, avec l’implication de chantiers d’insertion qui réactivent des savoir-faire et transmettent des compétences.

Un lieu pluriel, structuré autour de la rencontre et de la transmission.

Le bâtiment accueille le siège social de l’association Noeux Environnement, mais son ambition dépasse largement celle d’un simple équipement administratif. Pensé comme un tiers-lieu actif et habité, il articule une grande diversité de programmes au service de l’écologie, du lien social et de la transmission. Au cœur du projet, un vaste espace d’accueil traversant fait office de “place du village” : un lieu central, chaleureux et ouvert, où se croisent publics, bénévoles, salariés et partenaires. C’est autour de cette place que s’organise la vie du lieu et d’où se déploient plusieurs pôles : Ateliers techniques, partagés ou de menuiserie, cuisine pédagogique, bureaux d’administrations pour les salariés, espace d’accueil des bénévoles, salles de réunion, espaces communs, zones de stockage… Chaque entité est à la fois autonome et en lien avec les autres, dans une logique de fluidité et d’adaptabilité. L’ensemble est ponctué de patios plantés qui apportent lumière naturelle, respiration et continuité avec les espaces extérieurs. Cette organisation spatiale souple, aux échelles variées, favorise la porosité entre les activités : une réunion professionnelle peut déboucher sur un atelier de jardinage, une permanence sociale croiser une animation autour du compost, un repas partagé suivre une séance de formation. Le lieu est conçu pour accueillir l’imprévu, encourager la coopération, et incarner une écologie vivante, collective et joyeuse.

Une diversité de principes environnementaux au profit du caractère démonstrateur

À travers ses détails de mise en œuvre, ses matériaux choisis avec soin et l’intelligence de son dispositif bioclimatique, le projet s’affirme comme un laboratoire à ciel ouvert. Cette axonométrie écorchée révèle la composition en strates : murs en terre crue issue du site, isolation en fibres végétales, bardages en saule cultivé localement… Chaque couche exprime un engagement environnemental précis, pensé en lien avec les ressources, les savoir-faire artisanaux et les dynamiques locales. Les patios jouent un rôle-clé dans la régulation passive : ils créent des tampons thermiques et qualifient les ambiances intérieures par des jeux de lumière naturelle, de transparences et de végétation. Ils permettent de réduire les équipements techniques au strict nécessaire, dans une logique de sobriété énergétique. Loin d’être purement technique, chaque détail constructif devient support d’un récit spatial. Il rend visible, presque tangible, une autre manière de construire : plus attentive, plus lente, liée aux milieux — où architecture, environnement et société forment un tout indissociable

Une diversité de principes environnementaux au profit du caractère démonstrateur du lieu. Un équipement social au service de la pédagogie : reconquête du sol par le vivant ...

Dans les espaces extérieurs, le projet propose une autre approche de l’aménagement : ne plus modeler le sol pour le maîtriser, mais le préparer pour accueillir à nouveau le vivant. Des découpes ponctuelles dans le macadam permettent à la végétation spontanée de réapparaître. Ailleurs, des morceaux de revêtement sont extraits,  concassés,  puis  réutilisés  en bordures de zones plantées. Ces gestes simples forment une grammaire paysagère lisible, où rien ne se perd, et où chaque intervention devient le point de départ d’une dynamique écologique. Une mare est creusée sans sur-technique, et plusieurs zones sont volontairement laissées à l’observation : Sol gratté, ouvert, ameubli ou simplement perforé… autant d’expérimentations discrètes pour comprendre ce que la nature est capable de faire si on lui en laisse la liberté.

... et visibilité des dispositifs écologiques et pédagogique

Plutôt que de dissimuler les dispositifs techniques, le projet choisit de les exposer, de les rendre visibles, lisibles et surtout pédagogiques. Les grandes cuves de récupération des eaux pluviales, pensées en vase communicant, sont visibles depuis l’espace public. Les prises d’air du puits canadien, avec leurs formes singulières, ponctuent les abords du bâtiment. Ces éléments deviennent supports de curiosité, points d’accroche pour transmettre les principes écologiques mis en œuvre. Le paysage extérieur devient ainsi un espace d’apprentissage à ciel ouvert, où l’on peut comprendre, par l’expérience immédiate, les effets d’une approche attentive, patiente, et enracinée dans les cycles du vivant.

Faire sans déchets !

La démarche de réemploi passe par une organisation stricte : Aucune démolition : que de la déconstruction ! Ici, donc, aucun déchet ne sortira du site avant la fin du chantier afin d’être sûr qu’il n’est pas trouvé sa place quelque part. Une ressourcerie est crée sur site et sera utilisée durant tout le chantier comme base de réflexions et de ressources avant de devoir importer de nouveaux matériaux sur site.

Création d’une ressourcerie sur chantier

La démarche zéro déchet est au cœur du projet, qui s’attache à valoriser au maximum les matériaux existants issus de la déconstruction. Chaque élément démonté est trié, stocké puis réutilisé de manière créative : les bardages métalliques de l’ancien supermarché deviennent façades neuves, les débris de béton concassés servent à réaliser des bordures ou des sols stabilisés. Ce réemploi inventif limite les déchets envoyés en décharge tout en donnant une seconde vie à l’héritage du site. L’approche privilégie la circulation locale des matériaux, l’adaptation technique et esthétique, et invite à repenser la construction dans un cycle vertueux, où rien ne se perd et tout se transforme.

Un projet vivant, appelé à se transformer

Pensé dès l’origine comme un lieu vivant, le projet n’est ni figé dans le temps, ni fermé dans ses logiques. Il s’inscrit dans un temps long, fait d’usages évolutifs, d’appropriations progressives et de transformations futures. Le bâtiment est une base, une infrastructure accueillante mais ouverte, qui s’enrichira au fil des saisons, des expérimentations et des dynamiques portées par Noeux Environnement et ses usagers. Rien n’est figé : les espaces sont conçus pour se prêter à de nouveaux usages, les extérieurs pour continuer d’évoluer avec le vivant, et les dispositifs eux-mêmes pour susciter débat, adaptation et transmission.Cette idée s’est concrétisée dès la fin du chantier, lors d’une journée participative rassemblant salariés, bénévoles, partenaires et concepteurs. Tous, dans un esprit de partage et de convivialité, ont fait le lien entre savoirs et faire. Ils ont fabriqué desélémentsd’aménagement extérieur, planté, posé, ajusté… Un geste collectif fort, inscrivant le chantier dans une logique de continuité entre conception, construction et activation. Ce moment incarne parfaitement la nature du lieu : Un projet à l’écoute, qui se construit avec celles et ceux qui le font vivre, à la fois technique, pédagogique et humain.

Une stratégie de conception collective, ouverte et horizontale.

La conception du projet s’est faite dans un dialogue constant entre maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre et acteurs de la construction. Des premières réflexions à la dernière finition, cette  démarche  itérative, transversale, a permis d’explorer plusieurs scénarios, affinés au travers de maquettes, de plans, ou de croquis sur des coins de tables pour penser au mieux l’histoire de ce lieu singulier. Elle a aussi bousculé les hiérarchies classiques, laissant place à une intelligence collective où chacun, à sa manière, a pu contribuer de la conception à la réalisation.

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Noeux Environnement

Nœux Environnement est une association loi 1901 d’intérêt général, implantée à Nœux-les-Mines, au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais. Depuis sa création, elle agit à la croisiée des enjeux environnementaux, sociaux et territoriaux, en proposant des solutions concrètes et durables pour la transition écologique.L’association déploie ses actions autour de trois axes principaux : la gestion écologique des milieuxnaturels, l’insertion socioprofessionnelle par l’activité, et l’éducation à l’environnement. Elle intervient sur de nombreux sites naturels et semi-naturels, en lien avec les collectivités locales, les syndicats de rivières, les conservatoires et d’autres partenaires engagés. En tant qu’Atelier Chantier d’Insertion (ACI), Nœux Environnement accompagne chaque année des dizaines de personnes éloignées de l’emploi. Ces salariés en insertion participent activement aux chantiers menés sur le terrain, tout en bénéficiant d’un accompagnement individualisé et de formations leur permettant de développer des compétences techniques et transversales.

Parallèlement, l’association propose de nombreuses activités d’éducation à l’environnement : ateliers pédagogiques, projets scolaires, animations tout public, accompagnement des habitants vers des pratiques plus durables. Ces actions visent à sensibiliser aux enjeux de biodiversité, d’alimentation durable, de gestion des déchets ou encore de sobriété énergétique.

 Depuis 2023, l’association porte également le projet de “La Réserve”, un écolieu exemplaire de 4 hectares, aménagé sur une ancienne friche commerciale. Ce site, situé à Nœux-les-Mines, est à la fois un espace de production maraîchère en agriculture biologique, un support de formation et d’insertion, un site d’expérimentation de pratiques écologiques et un lieu de transmission destiné à tous les publics.

 En 2024, Nœux Environnement a ainsi accompagné 49 personnes en parcours d’insertion, planté plus de 8 000 arbres et arbustes, entretenu 68 km de cours d’eau et organisé plus de 100 actions de sensibilisation. Forte de ses partenariats avec les collectivités, les réseaux de l’économie sociale et solidaire, les établissements scolaires et les citoyens, l’association affirme chaque jour sa volonté de construire un territoire plus résilient, solidaire et vivant.

 Basée au 22 bis rue Nationale à Nœux-les-Mines, Nœux Environnement est ouverte à toutes les coopérations et invitent les acteurs du territoire à rejoindre ses dynamiques collectives.